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Pourquoi les laits végétaux bio ne sont plus enrichis en calcium

Depuis juillet 2022, les laits végétaux bio commercialisés dans l’Union européenne ne sont plus enrichis en calcium.

Le carbonate de calcium est un additif autorisé en bio dans l’Union européenne, sauf à des fins de coloration blanche et d’enrichissement en calcium. Afin de proposer des laits végétaux avec une teneur en calcium équivalente à celle du lait de vache, les producteurs ajoutaient, à la place, de l’algue lithotamne… naturellement riche en carbonate de calcium. En avril 2021, la Cour de justice de l’Union européenne a considéré qu’il s’agissait d’un contournement de la loi et a laissé aux producteurs jusqu’à juillet 2022 pour stopper l’ajout d’algue lithotamne dans leurs produits.

Contexte

Laits d’avoine, d’épeautre, de soja, d’amande, de riz, etc. Les laits végétaux permettent de faire évoluer son alimentation sans trop bousculer ses habitudes alimentaires et sans se priver de moments sociaux importants. Pour les personnes intolérantes au lactose ou ayant choisi de végétaliser leur alimentation, ils permettent de continuer à préparer des gâteaux ou des crêpes maison, mais aussi de continuer à profiter des céréales au petit-déjeuner, des cafés au lait, des milkshakes, etc.

En plus de chercher à correspondre aux usages du lait animal traditionnel, les laits végétaux cherchent à proposer des caractéristiques nutritionnelles équivalentes. Ainsi, de nombreux laits végétaux sont enrichis en calcium à hauteur de 120 mg/100 mL, soit une teneur sensiblement comparable à celle des laits de vache du commerce (117 mg/100 g en moyenne) [1].

Sur l’enrichissement en calcium

Le carbonate de calcium est un minéral que l’on retrouve dans les calcaires, les coquilles d’animaux marins, le corail, mais aussi les coquilles d’escargots ou d’œufs. Additif alimentaire largement répandu sous le code E170, tout indique qu’il n’existe pas de risque associé à sa consommation [2].

Plus de 400 additifs alimentaires sont autorisés en conventionnel dans l’Union européenne [3][4] contre seulement 56 en bio [5]. L’ajout de carbonate de calcium est possible en conventionnel et en bio mais, petite subtilité, avec des conditions et limites spécifiques pour le bio… dont l’enrichissement en calcium [6].

Utilisation du carbonate de calciumConventionnelBiologique
Colorant blancAutoriséInterdit
StabilisantAutoriséAutorisé
ÉmulsifiantAutoriséAutorisé
Régulateur d’aciditéAutoriséAutorisé
AntiagglomérantAutoriséAutorisé
Enrichissement en calciumAutoriséInterdit
Législation européenne sur les modalités d’utilisation du carbonate de calcium dans les denrées alimentaires.

Pour enrichir leurs produits en calcium, les producteurs de laits végétaux bio se sont donc tournés vers le lithotamne (Lithothamnium calcareum), une algue marine présente principalement dans l’océan Atlantique Nord, la Mer du Nord, la Manche et la Méditerranée, qui est naturellement riche en calcium (45 à 80 % de carbonate de calcium) mais aussi en carbonate de magnésium, une trentaine d’oligo-éléments, en vitamines, en phytohormones et en acides aminés [7].

Décision de la Cour de justice de l’Union européenne

Suite à un litige entre le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne) et Natumi (une entreprise productrice de laits végétaux au soja et au riz) sur l’enrichissement en calcium de laits végétaux bio via l’ajout d’algue lithotamne, la Cour administrative fédérale allemande a demandé à la Cour de justice d’interpréter le droit de l’Union en la matière [8].

Par son arrêt du 29 avril 2021, la Cour Européenne de Justice a constaté que “le droit de l’Union s’oppose à l’utilisation d’une poudre obtenue à partir des sédiments de l’algue Lithothamnium calcareum qui sont nettoyés, séchés et broyés, en tant qu’ingrédient non biologique d’origine agricole, dans la transformation de denrées alimentaires biologiques telles que des boissons biologiques à base de riz et de soja, aux fins de leur enrichissement en calcium” [9][10].

En effet, le carbonate de calcium étant interdit pour enrichir les denrées alimentaires bio, autoriser l’utilisation de poudre d’algue lithotamne “reviendrait à permettre aux producteurs de ces denrées de contourner cette interdiction”. Les arguments de Natumi sur le caractère “naturel” de l’algue n’ont pas convaincus la Cour.

Après un délai d’un an pour permettre aux producteurs de s’adapter, l’interdiction est entrée en vigueur en juillet 2022. En pratique, depuis cette date, les laits végétaux bio commercialisés dans l’Union européenne ne sont plus enrichis en calcium, contrairement à la plupart des laits végétaux non-bio.

Autres sources végétales de calcium

On peut regretter qu’une solution de remplacement n’ait pas été trouvée dans l’intervalle entre la décision de la Cour de justice de l’Union européenne et son application. En effet, bien qu’il existe de nombreuses autres sources alimentaires de calcium, les laits végétaux enrichis contribuent à faciliter à la fois les transitions alimentaires et la couverture des apports en calcium pour les personnes intolérantes au lactose.

Concernant les autres sources alimentaires, de nombreux végétaux (légumineuses, légumes, etc.) sont riches en calcium et permettent d’assurer ses apports au quotidien. Les meilleures sources alimentaires végétales et des conseils pratiques sont à retrouver sur notre page dédiée au calcium.

Attention, enrichir soi-même ses laits végétaux faits maison ou achetés dans le commerce en algue lithotamne ou en carbonate de calcium expose à des risques de surdosage, cela n’est pas recommandé.

Notes et références

Notes et références
1 Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale (Anses), Table de composition nutritionnelle des aliments Ciqual, Lait, teneur en matière grasse inconnue, UHT (aliment moyen). Consulté le 9 septembre 2022.
2 Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), Scientific Opinion on re-evaluation of calcium carbonate (E 170) as a food additive, 26 juillet 2011.
3 European Commission, Food additives. Consulté le 9 septembre 2022.
4 EUR-Lex, Règlement (CE) No 1333/2008 du Parlement Européen et du Conseil du 16 décembre 2008 sur les additifs alimentaires, Annexe II, Partie B – Liste exhaustive des additifs. Version du 20 juillet 2022.
5, 6 EUR-Lex, Règlement d’exécution (UE) 2021/1165 de la Commission du 15 juillet 2021 autorisant l’utilisation de certains produits et substances dans la production biologique et établissant la liste de ces produits et substances, Annexe V, Partie A, Section A1 – Additifs alimentaires, y compris les supports. Consulté le 9 septembre 2022.
7 Données d’Observations pour la Reconnaissance et l’Identification de la faune et la flore Subaquatiques (DORIS), Maërl (Phymatolithon calcareum), Description. Consulté le 9 septembre 2022.
8 EUR-Lex, Règlement (CE) n° 889/2008 de la Commission, du 5 septembre 2008, portant modalités d’application du règlement (CE) n° 834/2007 du Conseil relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques en ce qui concerne la production biologique, l’étiquetage et les contrôles (JO 2008, L 250, p. 1), tel que modifié par le règlement d’exécution (UE) 2018/1584 de la Commission, du 22 octobre 2018 (JO 2018, L 264, p. 1).
9 Cour de justice de l’Union européenne, Communiqué de presse n° 69/21, Luxembourg, le 29 avril 2021, Arrêt dans l’affaire C-815/19, Natumi GmbH/Land Nordrhein-Westfalen.
10 Le texte intégral de l’arrêt est publié sur le site CURIA le jour du prononcé.
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