Amélioration de l’algorithme du Nutri-Score : quel impact sur le classement des viandes

Le comité de pilotage européen a adopté en juillet 2022 plusieurs évolutions de l’algorithme du Nutri-Score pour mieux guider les consommateurs vers des choix alimentaires sains. L’une d’entre elles visait les viandes rouges et transformées dont la teneur élevée en fer héminique a des impacts délétères sur la santé publique. La dégradation du score de ces aliments permet un meilleur alignement entre la classification des produits carnés et les recommandations alimentaires. L’algorithme reste inchangé pour la viande blanche de volaille.

À propos du Nutri-Score

Le Nutri-Score est un système d’étiquetage nutritionnel apposé à l’avant des emballages qui informe sur la qualité nutritionnelle des aliments sous une forme simplifiée et complémentaire à la déclaration nutritionnelle obligatoire. Il a été mis en place pour la première fois en France en 2017 en se basant sur les travaux de l’équipe du Pr. Serge Hercberg, ainsi que l’expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) et du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP).

Depuis son lancement en France, plusieurs pays ont eux-aussi décidé de recommander son utilisation : la Belgique, la Suisse, l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas et le Luxembourg. Ces sept pays sont réunis au sein du comité de pilotage européen du Nutri-Score.

Évolution de l’algorithme du Nutri-Score en 2022

Le comité de pilotage européen a adopté, le 26 juillet 2022, plusieurs évolutions de l’algorithme du Nutri-Score qui visent à renforcer “l’efficacité du Nutri-Score pour classer les aliments en cohérence avec les recommandations alimentaires, et ainsi guider les consommateurs vers des choix alimentaires favorables à un meilleur état de santé” [1]. Ces évolutions font suite aux recommandations du comité scientifique international qui, dans son rapport du 29 juin 2022, a reconnu l’efficacité de l’algorithme actuel du Nutri-Score tout en identifiant des pistes prioritaires pour continuer de renforcer son efficacité [2].

Parmi les pistes prioritaires identifiées, on trouve l’amélioration du score des poissons gras sans sel ajouté, une meilleure discrimination entre les aliments complets riches en fibres et les produits raffinés, une meilleure discrimination entre les huiles végétales en fonction de leur teneur en graisses saturées, la dégradation du score des aliments les plus riches en sucre et la dégradation du score des viandes rouges et viandes transformées.

Viandes rouges et viandes transformées

Le rapport rappelle que les recommandations alimentaires de la plupart des pays du comité de pilotage européen préconisent de limiter la consommation de viande rouge (toutes les viandes, porc compris, à l’exception de la volaille) et de viande transformée. En cause, les associations entre la consommation de ces aliments et la mortalité cardiovasculaire, les accidents vasculaires cérébraux, le diabète de type 2 et le cancer du sein, colorectal et du poumon ; principalement dus à leur teneur élevée en fer héminique [3].

Or, dans l’algorithme du Nutri-Score, la teneur en fer (et en calcium) des aliments n’est pas un paramètre utilisé pour le calcul du score final. En effet, c’est la teneur en protéines, considérée comme un élément favorable de la composition nutritionnelle, qui est utilisée pour refléter la teneur des aliments en ces deux nutriments.

Comment alors dégrader le score des aliments riches en fer héminique sans dégrader celui de tous les aliments riches en protéines et en fer métallique (le fer présent dans les végétaux et qui représente en moyenne 25 % du fer présent dans la viande rouge) ? D’autant plus que la carence en fer peut rester une préoccupation pour certains groupes de la population ayant un faible apport en fer.

Plafonnement du nombre de points

La solution retenue est l’inclusion d’une règle spécifique pour la viande rouge et les produits à base de viande rouge, avec une réduction du nombre maximal de points attribués pour les protéines à 2 points [4].

La teneur en fer de la viande rouge est assez variable selon les morceaux, le type de viande et la préparation. Cependant, en moyenne, le rapport entre le fer héminique et le fer total dans la viande rouge est de 75 %. Par conséquent, le nombre maximal de points attribuables aux protéines de la viande rouge a été réduit dans le même rapport (-75 % par rapport au nombre maximal de 7 points), ce qui conduit à un maximum de 2 points.

Concrètement, dans le calcul du Nutri-Score :

  • un aliment à base de viande rouge avec une teneur en protéines de 5 g / 100 g recevait auparavant 3 points positifs. Il reçoit désormais 1 point positif.
  • un aliment à base de viande rouge avec une teneur en protéines > 8 g / 100 g recevait auparavant 5 points positifs. Il reçoit désormais 2 points positifs.
Ancien algorithme
Protéines pour 100 g
Nouveau algorithme
Protéines pour 100 g
Nouveau algorithme pour la viande rouge et les produits à base de viande rouge
Protéines pour 100 g
Points
≤ 1,6 g≤ 3 g≤ 2,4 g0
> 1,6 g> 3 g> 2,4 g1
> 3,2 g> 6 g> 4,8 g2
> 4,8 g> 9 g3
> 6,4 g> 12 g4
> 8 g> 15 g5
> 18 g6
> 21 g7
8
Comparaison entre les points accordés à la teneur en protéines entre l’ancien et le nouveau algorithme du Nutri-Score.

Globalement, la modification permet un meilleur alignement entre la classification des produits carnés et les recommandations alimentaires des pays du comité de pilotage européen, avec une discrimination claire entre les produits à base de viande rouge et de volaille.

Certains morceaux de viande rouge maigre peuvent encore atteindre la classification A du Nutri-Score, mais dans une proportion moindre que dans la classification précédente, et principalement pour les produits non préparés et non assaisonnés. L’algorithme reste inchangé pour la viande blanche de volaille.

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